La Russie consolide sa capacité de riposte nucléaire

Publié le par José Pedro

La Russie consolide sa capacité de riposte nucléaire

 
La Russie consolide sa capacité de riposte nucléaire
 
Dans un effort désespéré visant à torpiller l’accord de Minsk II, négocié par la France et l’Allemagne avec l’Ukraine et la Russie, les États-Unis et la Grande-Bretagne ont annoncé l’envoi de troupes spéciales et autres, pour entraîner la Garde républicaine et l’Armée ukrainienne.

Plusieurs responsables politiques et militaires russes ont, cependant, déclaré que la Russie n’allait pas céder aux tentatives d’intimidation anglo-américaines et de l’OTAN.

Dans une entrevue à la chaîne Rossiya 24 TV, l’ambassadeur russe, auprès de l’OTAN, Alexander Groushko a déclaré que «Moscou allait prendre toutes les mesures nécessaires, incluant sur les plans militaire, technique et politique, pour neutraliser une menace potentielle découlant de la présence de l’OTAN, en Europe de l’Est». Il a précisé que les agissements de l’OTAN «nuisent, considérablement, à la sécurité régionale et européenne, et constituent un risque à notre sécurité». Groushko faisait ici référence aux quelque 200 exercices de l’OTAN, en Europe de l’Est, principalement, dans les pays baltes et en Pologne, ainsi qu’en mer Baltique et en mer Noire. «L’envoi d’instructeurs et l’offre d’assistance technique encouragent le parti de la guerre, à Kiev, et donnent du grain à moudre à certaines personnalités ukrainiennes, qui pensent que la crise peut être résolue par des moyens militaires», a-t-il ajouté.

Rappelons que le vice-ministre ukrainien des Affaires étrangères, Vadym Prystaiko, avait déclaré, le 21 février, lors d’une visite, au Canada, que son pays prépare une «guerre totale» avec la Russie, bien qu’elle soit une puissance nucléaire.

Le ministre de la Défense russe, Sergeï Choïgou, et l’amiral en chef de la Marine, Viktor Chirkov, ont, de leur côté, discuté de la modernisation des forces militaires russes, incluant stratégiques, dans des commentaires, publiés le 2 mars.

Choïgou a annoncé que la Marine russe s’apprête à recevoir dans le courant de l’année deux nouveaux sous-marins de la classe Borei, armés de missiles balistiques : le Vladimir Monomakh, qui a débuté ses essais en mer, en juin 2014, et l’Alexander Nevsky, qui attend son chargement de missiles balistiques Boulava avant d’être transféré dans le Pacifique. S’ajouteront deux autres sous-marins multi-usage et cinq navires de guerre.

L’Armée de l’air prendra pour sa part livraison de 13 bombardiers stratégiques modernisés dès cette année, et la flotte de bombardiers stratégiques sera modernisée à 70 % d’ici 2020. il a également déclaré que les bombardiers patrouilleurs opéreront dans une zone élargie, et que leurs vols étant réguliers, «nous n’allons pas abandonner cette pratique».

Quant à l’amiral Chirkov, il a déclaré, selon l’agence de presse Interfax, que 50 vaisseaux de diverses classes seront livrés à la Marine cette année. Ces navires font partie d’un programme de réarmement ordonné par Vladimir Poutine, visant à redonner à la Russie, d’ici 2050, sa capacité à déployer ses forces dans des lieux éloignés, une capacité qui avait été perdue au lendemain de la chute de l’Union soviétique.

«La période de stagnation dans le développement de notre potentiel a cessé depuis longtemps», a déclaré Chirkov. Il a également annoncé que la recherche est en cours pour le développement et la construction d’une nouvelle génération de porte-avions.

La question de la Première frappe

Pour ce qui concerne les armes tactiques (nucléaires ou non) actuellement développées par les Etats-Unis en Europe, bousculant tant les traités que la sécurité du continent européen, le Major-général Andreï Bourbine, dirigeant le poste de commande des Forces de missiles stratégiques (SMF), a accordé un rare entretien télévisé sur les préparatifs de la Russie pour faire face à une attaque de première frappe, incluant de la part des Etats-Unis.

Depuis l’examen du dispositif nucléaire américain (Nuclear Posture Review) de 2002, les différents gouvernements américains ont eu en effet pour politique de promouvoir la doctrine de Prompt Global Strike (frappe mondiale immédiate), une doctrine qui vise, soi-disant par des moyens conventionnels, à détruire la capacité de représailles de la Russie.

La réponse de Bourbine est que le scénario de «guerre nucléaire limitée» ou de destruction de la force nucléaire russe est une illusion dangereuse.

Cela ne fonctionnera pas, et la Russie ripostera contre les États-Unis avec ses SMF. Après avoir passé en revue l’entraînement physique et psychologique des officiers responsables du lancement de ces missiles intercontinentaux, et leur capacité à réagir, en «quelques minutes seulement», Bourbine a, ensuite, expliqué que la mission de ces officiers consiste à «déplacer les unités de missiles mobiles à l’écart de toute attaque», de manière à préserver la capacité de représailles : «Nous nous sommes appliqués à changer et à élargir les zones de positionnement, la manipulation des unités, et de rendre la tâche de notre adversaire probable encore plus difficile».

Répondant à une question sur l’existence du concept américain de première frappe (Prompt Global Strike - PGS), employant des missiles non-nucléaires de grande précision, un concept dont l’existence n’est plus un« secret pour personne », le général a expliqué que le problème avait été pris en compte et que ses hommes seraient en mesure «d’accomplir leur mission en toutes circonstances», car «les unités ont été réparties géographiquement de manière à ce qu’aucune attaque globale ne puisse neutraliser toutes les SMF». Cela est également valable, «absolument», en cas de première frappe nucléaire sur la Russie, a-t-il ajouté. Sur la modernisation de ces forces, il a précisé que d’ici 2020, 98 % de tous les missiles SMF seront neufs.

L’hôte de l’émission, l’analyste militaire Igor Korotchenko, a conclu avec la remarque suivante :

Lorsque Obama nous menace avec des sanctions et une rétribution divine, et que les doigts s’apprêtent à appuyer sur le bouton (…) les Américains savent maintenant que s’ils appuient sur le bouton, alors le bouton sera également poussé en réponse. Et tout ceci contribue à un équilibre stratégique, et nous place sur un pied d’égalité avec les Américains. Peut-être que dans certains domaines nous sommes faibles, ou les libéraux disent que les choses vont mal ici, et que les sanctions vont nous étouffer, mais un grand pays disposant d’un bouclier nucléaire ne peut être étouffé par quelque sanction que ce soit.

Cette entrevue a été, largement, diffusée par les médias russes, tant audiovisuels qu’écrits, officiels et non officiels.