WWIII : « “La référence n’est plus le Système mais le désordre, que sa folle surpuissance a engendré... », « Le Moment-glasnost du Système »

Publié le par José Pedro, collectif des rédacteurs dans LAOSOPHIE sur Overblog

Notes sur le labyrinthe de l’antiSystème

Nous allons traiter d’un sujet qui devient de plus en plus important à mesure que la Grande Crise de l’effondrement du Système avance avec son désordre grandissant : celui de la détermination de l’acte antiSystème, et donc de l’identification d’antiSystème qu’il faut accorder à l’un ou l’autre dans telle ou telle circonstance. A cet égard, la situation a été complètement bouleversée par rapport à, disons, il y a dix ans d’ici. Ce qui était alors un ordre de bataille assez bien identifiable est devenue une mêlée confuse où plusieurs batailles ont lieu en même temps, où les positions ne cessent de changer, modifiant à mesure l’extrême difficulté d’identifier où se trouve l’antiSystème et qui l’assume...

L’affrontement entre Système et antiSystème existe bien entendu toujours parce qu’il est l’essence même de cette Fin des Temps, mais l’identification de l’antiSystème, les querelles et mésententes entre antiSystème qui en découlent, constituent le terrain d’une bataille qui tend à supplanter toutes les autres.  On en vient à se demander dans quelle mesure il ne faudrait pas fixer à l’antiSystème une ontologie de fonction et non plus s’attacher à chercher les acteurs humains en tant qu’antiSystème.

Nos ennemis-amis et vice-versa

Commençons par un simple détail, une phrase assez éloignée du sujet traité dans un de nos textes du 22 juillet 2017 mais qui conduit à notre sujet d’aujourd’hui : « Selon le Washington Freedom Beacon, un site proche des neocons et des intérêts israéliens (voyez comme les choses sont simples) ... » Effectivement, l’article de ce site nous dévoile ce que le WaPo et le NYT se garderaient bien de faire, à savoir les prolongements détaillés disponibles sur les “réseaux anti-Trump” d’Obama, et l’implication de très hauts fonctionnaires de l’administration Obama, – Samantha Power, Susan Rice, Ben Rhodes, – dans des actions illégales sinon subversives lancées contre Trump (le candidat puis le président-élu). Conclusion, temporaire et réduite au cas de nos évolutions calibrées selon la position des uns et des autres par rapport au Système : voilà donc que les neocons sont nos amis, nous qui sommes antiSystème, et des amis précieux dans la mesure où le sujet antiSystème qu’ils abordent est de la plus haute importance... Pourtant, il est manifeste que ce sont des gens que nous avons appris à ranger parmi nos adversaires les plus acharnés et les plus dangereux... “Voyez comme les choses sont simples”, – on aura compris la nuance ironique par paradoxe affiché que nous voulions y mettre.

La même chose, quoique dans une façon un peu différente, peut être dite du site WSWS.org, dont un texte forme le sujet-prétexte de la réflexion du 22 juillet à laquelle nous nous référons. D’une façon générale, nous nous considérons en complet désaccord avec les conceptions générales de ce site, et nous considérons même qu’elles conduisent de cette même façon générale à une active quoique vertueusement inconsciente complicité avec le Système. Il n’empêche que nous utilisons largement des références à WSWS.org dont le travail documentaire et logique est en général très bien fait, malgré ses conclusions qui sont de notre part l’objet d’une ironie chaleureuse. (On aime bien les vieilles choses qui continuent à vivre dans un simulacre complètement dépassé, qui est même ridiculisé par les fabricants des simulacres courants. C’est presque comme si leur simulacre de l’ère préhistorique avaient certains aspects d’une tradition... Trotskistes tendance quasi-guénonienne, quoi.) Plus encore, dans le cas incriminé, c’est tout le texte de WSWS.org que nous mettons en cause, et pourtant nous arrivons à l’utiliser, sans le déformer, à notre avantage en en sortant un argument antiSystème.

Le cas du Jamestone Institute

Cette sorte d’occurrence peut aller très loin, c’est-à-dire dépasser le stade de l’accident, du hasard des rencontres, pour rencontrer les questions de fond. On prendra ici l’exemple d’un site et trois exemples d’articles récents. Le 20 juillet 2017 paraît un article où l’auteur donne une documentation précise sur l’état actuel de l’Europe, sur les diverses contraintes juridiques que les institutions européennes (Cour de Justice, Cour des Droits de l’homme) imposent aux États-membres. Il est ainsi démontré avec une pléthore d’arguments et de références que le système européen est construit selon une logique ontologiquement anti-démocratique, c’est-à-dire une dictature imposée par les forces qui dominent les choses du temps, soit la bureaucratie et l’idéologisation progressiste-sociétale portée par le système de la communication. L’article décrit dans cet article et avec forces détails un emprisonnement des peuples des membres de l’UE, une confiscation absolue de leurs souverainetés, un enfermement dans un simulacre odieux de démocratie conduisant à une situation d’inversion de toutes les valeurs qu’on prétend défendre, avec un mépris complet pour toute référence à quelque principe structurant que ce soit ; il s’agit d’une dictature postmoderniste imposée par une conception idéologisée de déconstruction et de destruction totales de la civilisation.

Sur le même site, on peut encore mentionner, au hasard de sa consultation, un article du 21 juillet 2017 sur l’extraordinaire effondrement des autorités suédoises face à la question des réfugiés, leur traitement extraordinairement laxiste, l’islamisation en toute impunité de zones entières jusqu’à justifier la qualification de la Suède de “failed State”. Le 27 juillet 2017 on trouve un article détaillé sur sur l’activité de censure de Google au travers de ses algorithmes (on a vu ce cas le 29 juillet 2017) ; l’accent étant mis dans ce cas sur tout ce qui concerne la censure des références diverses à l’islamisme. Il y a énormément de matière sérieuse dans ces textes, qui sont des exemples et nullement des exceptions, pour recevoir l’appui d’un antiSystème en ceci qu’ils documentent certains des grands mouvements de déstructuration (déconstruction) et de dissolution que la plupart des États du bloc-BAO ont entrepris avec une alacrité absolument diabolique.

Nous en venons aux sites, le Gatestone Institute (https://www.gatestoneinstitute.org) ), extrêmement varié, publiant en de très nombreuses langues et comprenant un grand nombre de collaborateurs internationaux, avec de nombreux auteurs internationaux, par conséquent bénéficiant sans aucun doute de fort soutiens financiers. Un rapide coup d’œil aux rubriques “Qui sommes-nous ?”, “Experts”, “Collaborateurs”, etc., et l’on découvre que l’Institut est sans le moindre doute d’orientation neocon, avec de fortes attaches dans les milieux sionistes, voire israéliens avec une très forte hostilité contre l’Iran bien caractéristique de l’obsession des Israéliens extrémistes, contre les Palestiniens, la plupart des situations islamistes, etc. Dans la présidence directoriale, on trouve successivement John Bolton, qu’on connaît bien comme neocon notoire, et Nina Rozenwald qui, parmi ses titres de gloire, outre celui d’appartenir au CFR, se signale comme une des anciennes dirigeantes de l’AIPAC. Dans ce cas, un antiSystème ne pourrait que considérer ce site comme un de ces nœuds de vipère dont le Système est coutumier, disons, par exemple, à l’égal de ceux que Soros finance... Mais justement, et poursuivant notre valse des contradictions en mrttant en lumière ce paradoxe que Soros est choisi comme exemple dans cette image, les articles qu’on a signalés constituent une critique radicale, féroce, –même si elle est implicite, – de tout ce quoi vers tend l’action d’un Soros, notamment la déstructuration qu’il soutient à l’aide de flots de réfugiés incontrôlés, manipulés, conduisant à l’installation de situations où règnent l’arbitraire extrémiste, le crime organisé, l’extrémisme de la religion comme facteur de corruption des psychologies collectives et le triomphe des structures barbares de toutes les sortes de trafics illicites et de désagrégation morale. (Le Hongrois Viktor Orban accuse Soros et l’UE d’être des complices actifs, notamment avec le soutien de l’UE à la protection de l’“université Soros” établie en Hongrie, dans la même entreprise d’accélération de la “musulmanisation” de l’Europe, comme le résume un titre du Daily Caller : « Hungarian PM: Soros, EU Are Trying To Establish A ‘Muslimized’ Europe ».)

Qu’on nous comprenne bien, nous-mêmes revenant après cette description où sont apparus des thèmes sociétaux et politiques, à la question méthodologique de fond qui nous importe. Il n’est pas question ici de discuter de l’orientation de l’un et de l’orientation de l’autre, d’évaluer ce que nous jugeons être des sortes de contradictions internes, de nous en tenir au constat de cette cohabitation de thèmes complètement pro-Système et de thèmes absolument antiSystèmeetc. Il s’agit de constater combien les engagements d’étiquettes et surtout les classements d’idéologisation, les incontestables origines qui déterminent le jugement de telle ou telle tendance, deviennent à une très grande vitesse inopérants, trompeurs, dans certains domaines même s’ils demeurent, et véritables simulacres inconscients dans tous les sens (avec des nouveaux simulacres libérateurs des simulacres qui les enfantent et devenant ainsi contre-simulacres). Ces engagements et ces classmets continuent à susciter des choix, des orientations, etc., qui peuvent être totalement étrangers sinon antagonistes à ceux que doit considérer un antiSystème ; par contre, sur certains autres choix et orientations, ils deviennent complètement opérationnels dans le sens du flux antiSystème et d’une aide extrêmement précieuse dans ce sens.

L’antiSystème, concept fondamental et flottant

Le principe de ce constat n’est pas nouveau. Comme on le voit dans le Glossaire.dde récent sur “l’antiSystème” (le 26 juillet 2016), et depuis plus précisément encore dans le Journal-dde.crisis de Philippe Grasset, nous utilisons beaucoup ce concept phénoménologique, et depuis longtemps. Nous avons été parmi les premiers sinon les premiers à le conceptualiser d’une façon extrêmement précise, notamment opérationnellement mais aussi ontologiquement, autrement que comme une simple attitude imposée par des circonstances, sans ordre ni structure ; nous avons d’ailleurs fait évoluer son orthographe d’une façon très spécifique, extrêmement particulière, allant jusqu’à une expression invariable introduisant une majuscule à l’intérieur du mot (antiSystème) pour exprimer qu’elle est basée sur le sujet qu’est le Système, qui est invariable et majusculé puisqu’unique, – et cette expression disant “elle-même” le sens et la puissance du concept.

Cet extrait du “Journal” de PhG du 18 février 2017 explicite la chronologie et l’évolution du concept dans notre chef : « Le fait est alors que la première fois qu’est recensé l’emploi de l’expression, l’est à propos du républicain-libertarien Ron Paul, le 24 juillet 2007 (“...ce candidat “marginal” par excellence devient de plus en plus précisément le candidat anti-système, avec notamment la difficulté de rassembler sous son nom des électorats de tendances très variées, certains originaux, certains contradictoires, certains infréquentables... ”). L’emploi est anodin, sans explication autre qu’une éventuelle évidence...

» La première fois que ce qui est encore un concept peu élaboré, sous sa forme grammaticale initiale, est cité dans un titre l’est pour un texte  du 30 septembre 2008. Il s’agit de l’événement du vote de la Chambre des Représentants US contre l’aide d’urgence proposée par le secrétaire au Trésor Paulson (ancien de Goldman-Sachs) de l’administration Bush, pour venir en aide aux banques de Wall Street plongées dans la catastrophe crise financière du 15 septembre 2008. Je cite les deux derniers paragraphes, justifiant le titre (“Finalement, un vote ‘anti-système’?”), et qualifiant de la même vertu a-posteriori, en en faisant un parallèle, le vote français au référendum sur la Constitution européenne du 29 mai 2005... [...]

» A partir de là, le concept est installé, l’idée ne nous quittera plus, ici à dedefensa.org, tout en recherchant constamment à l’explorer, à la préciser, à la raffiner. Le 10 décembre 2010, il y a une évolution grammaticale décisive qui entérine ce qui avait été identifié comme un événement “anti-système” (“antisystème”) majeur, la première campagne organisée et coordonnée de diffusion de document secrets (US) par WikiLeaks, et cela en passant au terme de l’événement à l’orthographe que nous utilisons désormais : “Des ‘antisystèmes’ aux ‘antiSystème’”. Le Glossaire.dde du 27 juillet 2016, qui est une reprise pour une définition générale du concept, explique précisément cette orthographe : [...] “... Voici donc le terme essentiel d’‘antiSystème’ : nous le tenons comme invariable, nous ne nous embarrassons nullement de tiret (anti-Système) et nous tenons comme condition sine qua non que le “S” de Système est une majuscule parce qu’il s’agit “du Système”, de “notre Système”, du seul et unique, né du “déchaînement de la Matière”... Nous parlons ici, à ce point, de la ‘fonction antiSystème’”... »)

Nous savons donc depuis longtemps que des êtres, des entités, des situations, etc., peuvent passer d’une situation pro-Système à une attitude et à des actes, c’est-à-dire à la fonction structurellement antiSystème. Pour ce qui concerne les neocons, la chose avait commencé à apparaître lors de l’affaire libyenne, en 2011 (voir le 29 mars 2011) et il y a eu depuis diverses occurrences où ce désaccord interne est apparu. Vis-à-vis de Trump, par exemple, il y a clairement une partie des neocons qui le soutient, une autre qui s’oppose à lui, et nous-mêmes avons insisté récemment à ce propos en constatant que la mouvance LGTBQ tendait à remplacer la mouvance neocon comme tendance absolument complice du Système par choix total de la déconstruction. (*)

Le cas passionnant du DeepStater H.R. McMaster

On a vu le 7 août 2017 le cas de ce que nous nommions « Le labyrinthe McMaster » qui donne une mesure presque en temps constant de l’extraordinaire évolution de cette situation. Il faut avoir à l’esprit qu’un cas semblable est complètement extraordinaire, selon ce qu’on sait des acteurs, la haine sans mesure qu’entretient le Deep State contre Trump et les moyens de ce Deep State de le neutraliser ; il faut avoir à l’esprit que ce cas eût été invraisemblable et impensable il y a seulement 24 mois, sinon 12 mois. McMaster placé où il l’a été, pour faire ce qu’on suppose qu’il devait fait avec bien des arguments irréfutables, ne pouvait en aucun cas se laisser prendre à une polémique de cette envergure où aucune force de communication et d’autorité cohérente ne parvient à se mettre en place pour écarter un tel avatar ; où le Deep State, ou ce qui en tient lieu aux yeux de tous (la perception est essentielle et se suffit à elle-même), se trouve dans telle position défensive, sinon proche de la déroute à cause du désordre où il se trouve englué. Nous sommes fondés de reprendre les derniers paragraphes de notre conclusion de ce texte du 7 août 2017 qui semblent faite pour illustrer notre propos présent, – et, bien sûr, c’est le cas, nous l’avons écrit en pensant à ces Notes d’Analyse.

Nous y résumons le problème colossal d’identification des uns et des autres, de la situation par rapport à l’antiSystème où l’antiSystème lui-même est totalement insaisissable, – donc invincible d’une certaine façon, – tandis que la référence de la matrice du Système (Washington D.C.) n’est plus le Système mais le désordre... Chose incroyable, en vérité !

« Le principal enseignement d’ores et déjà évident de cette séquence, – qui n’est pas terminée, tant s’en faut, et qui nous réserve sans doute bien d’autres surprises, – est bien l’extraordinaire difficulté où l’on se trouve aujourd’hui de déterminer qui est antiSystème et qui ne l’est pas, et la vanité du jugement consistant à trancher : le Deep State tient Trump et lui fait faire ce qu’il veut ou non, untel est un DeepStater intouchable, untel ne l’est pas, Trump n’y comprend rien ou bien Trump est un fin manœuvrier, Israël fait ce qu’il veut à Washington ou bien non, les neocon soutiennent Israël envers et contre tout ou pas tant que cela, et ainsi de suite... Rien dans tout cela n’est assuré en aucune façon, dès lors qu’il est question d’acteurs humains que l’on charge d’intentions et de vertus secrètes, dès lors qu’on évoque tel complot, telle cabale, telle puissance humaine dissimulée et maîtresse de notre destin.

» (Toujours et de plus en plus pour notre compte cette tendance à minorer l’importance du facteur humain qui ne sait plus se contrôler lui-même ni comprendre ce qu’il faut et pourquoi il le fait, et encore moins distinguer les effets et les conséquences de ses actes ; toujours et de plus en plus pour notre compte cette tendance à nous référer à des forces suprahumaines pour comprendre la marche des choses et admettre non sans une réelle satisfaction qu’elle est de plus en plus défavorable aux intérêts du Système qui se résument au maintien d’un ordre qui lui est favorable, – là où règne désormais le désordre.)

» Ainsi émerge devant nos yeux le règne fondamental et la règle impérative de “D.C.-la-folle” : le désordre, toujours le désordre, encore le désordre. Il n’existe plus aucune référence permettant de se situer par rapport au Système et suivant ses instructions, et cela dans la matrice même du Système, à Washington D.C. Ceux qui apparaissent comme les plus assurés des représentants du Système, les DeepStaters les plus confirmés, nous dirions les plus certifiés, sont soumis à cette même règle de l’incertitude, de l’insaisissabilité, de l’incontrôlabilité. Pour un commentateur de l’antiSystème, la tâche n’est pas aisée, et il doit suivre ce que nous pourrions désigner comme une sorte de “principe de l’incertitude” absolument fondamental impliquant que rien n’est sûr et aucune orientation assurée... C’est une tâche complexe mais c’est une tâche assez joyeuse pour ne pas dire jouissive car elle implique une situation fondamentalement différente de celle que nous connaissions il y a quinze ans, il y a dix ans, il y a cinq ans, il y a deux ans encore, dans tous les cas jusqu’en 2016, lorsque le Système était la référence inévitable et indépassable. Aujourd’hui, le désordre a remplacé le Système comme référence. »

La ligne neocon-LGTBQ

Si nous nous sommes attachés particulièrement aux neocons, pour en rester à notre exemple central, cela ne signifie en aucune façon comme on l’a vu que seuls les neocons sont concernés : cette affirmation est tout simplement essentielle. Nous les utilisons comme exemple de la situation que nous voulons décrire parce que, dans certaines circonstances du commentaire, ils sont, et de loin, les plus exemplaires, parce qu’ils sont à la fois symboliques et à la fois assez insaisissables dans leur identification. Il y a dix et quinze ans ils étaient nos pires ennemis, à nous antiSystème qui ne nous nommions pas encore de cette façon, puisqu’ils inspiraient une politique dévastatrice de déstructuration et de dissolution conduite essentiellement par les USA ; tandis qu’aujourd’hui, nombre d’entre eux, pour des raisons diverses allant de l’opportunisme à l’idéologisation, à la passion qu’importe, tiennent des positions clairement antiSystème sans bien entendu les identifier eux-mêmes comme telle une seule seconde.

Puisque nous en avons parlé plus haut, disons un mot des LGTBQ justement : eux aussi, qui viennent d’entrer de plain-pied dans la bataille politique au côté du Système, chaperonnés par le Système, parce qu’ils sont devenus le centre, l’enjeu et l’outil de cette bataille, eux aussi pourraient rapidement rencontrer des circonstances où certains d’entre eux basculeraient dans l’antiSystème. Lorsque l’islamophilie voire l“islamôlaterie” (sont-ce des néologismes ? Il valent le détour...) caractérisant l’idéologisation par le Système des politiques migratoires donneront leurs pleins effets en fonction des attitudes traditionnelles de l’Islam vis-à-vis des homosexuels et des femmes, – nous ferons le point et suivrons avec intérêt leur évolution, aux LGTBQ...

Dans d’autres domaines qui pourraient apparaître plus stable pour une classification antiSystème, le même désordre règne. Le cas évident, qu’on connaît bien et qui a déjà été abordé plus haut avec “le labyrinthe McMaster” est celui du monde politique de Washington D.C., bien entendu, et ce site est farci depuis des mois de cas et de crises exemplaires à cet égard. Dans le cas de Washington D.C. à l’heure de Trump et du Russiagate bien plus qu’ailleurs et dans une mesure que nous tenons pour absolue et finale dans notre Grande Crise Générale, l’orientation idéologique et sa progéniture décadente de l’idéologisation par simulacre ne jouent plus qu’un rôle d’outil, complètement marginalisées sinon pour servir d’outil, sans signification aucune, aussi vide de substance que peut l’être un simulacre du Système ; le rôle central et irrésistible est dévolu au désordre, aux interférences chaotiques, à la désorganisation et aux manœuvres tactiques sans stratégie, dans un environnement où les contours indécis du simulacre, jouent un rôle majeur, sinon écrasant.

Il faut observer et dire que Washington D.C., dans son état d’extraordinaire désordre qui lui fait largement mériter le surnom de “D.C.-la-folle”, est aujourd’hui le centre même de production de l’incohérence, de l’irresponsabilité, du montage et de la manipulation propre au simulacre, et cela de quelque côté que l’on se place (Trump et antitrumpiste). Cela en fait le centre effectivement producteur de l’impossibilité d’identifier et de fixer d'une façon stable et durable ce qui est antiSystème et ce qui ne l’est pas.

L’action surpuissante de la politiqueSystème

Quoi qu’il en soit de ces exemples mais en s’appuyant fermement sur le plus remarquable et de si loin du point de vue du désordre (Washington D.C., “D.C.-la-folle”), il reste pour l’essentiel qu’ils illustrent un constat qui est celui du désordre considérable existant dans le travail d’identification des antiSystème, et même y compris l’extrême difficulté pour soi-même de fixer une ligne d’action, pour tel ou tel cas, qui soit réellement antiSystème. Cette situation très difficile n’est nullement illogique, bien au contraire si l’on admet le fait que nous nous trouvons dans la phase finale de la bataille qu’a engagée le Système depuis qu’il s’est constitué comme le bras opérationnel de cette dynamique d’origine satanique qu’est le “déchaînement de la Matière”.

Pour expliciter décisivement notre conception, nous dirions que nous nous trouvons dans un cas de production maximale (et ultime par conséquent) de ce que nous nommons la “politiqueSystème”. Sa définition, tirée du Glossaire.dde du 23 janvier 2017 qui mettait à jour justement la définition du concept, définit parfaitement sa puissance et son aveuglement par indifférence de tout objectif logique. La seule chose, le seul objectif, la seule dynamique qui intéressent la politiqueSystème sont la déstructuration-dissolution (ou déconstruction) dans le but d’atteindre à l’entropie. Tous les simulacres que monte aujourd’hui la politiqueSystème ne se dissimulent plus en rien de cette sorte d’objectifs, abandonnant tout faux-nez d’apparence de cohérence logique...

« La “politique-Système” rompt décisivement et sans retour avec tout cela. Elle opérationnalise, dans une “politique” qui devrait être ainsi définie par inversion comme une “antipolitique” ou une “non-politique”, l’absolutisme et le totalitarisme du Système, son homogénéité qui s’obtient par la décomposition des parties qu’il absorbe, notamment la décomposition identitaire et principielle. Cette “politique-Système“ est déstructurante pour celui qui s’y inscrit comme pour celui qui voudrait lui donner forme humaine ; de même, la “politique-Système” elle-même est déstructurante pour les objectifs qu’elle poursuit selon une course mécanique et aveugle, puisqu’elle voit l’ennemi dans tout ce qui est structure, et, au-delà, dans tout ce qui est principe, et qu’elle ne voit par conséquent comme objectif de destruction dans l’ennemi que la structure et le principe. Par conséquent, la “politique-Système” ne répond, selon nous, à aucun des critères d’efficacité habituels pour une politique, elle diffère totalement dans ses buts et ses objectifs. Elle est incompréhensible et absurde encore plus que nihiliste selon notre logique historique habituelle, celle qui a marqué toutes les grandes politiques classiques dans l’histoire, aussi bien les politiques déséquilibrées de conquête que les politiques sages d’équilibre.

» La “politique-Système” possède sa logique propre, qui est la logique spécifique du Système. Il s’agit d’une logique déstructurante, qui recherche la dynamique déstructuration-dissolution de tout ce qui diffère du Système, c’est-à-dire la déstructuration-dissolution absolue puisque le Système devrait être, dans l’absolu de sa logique, déstructuration-dissolution lui-même, et de lui-même, jusqu'à l’entropisation absolue. Ce dernier point est essentiel, capital et décisif : la question est en effet de savoir s’il peut y parvenir, s’il ne va pas se détruire (dissolution) lui-même en évoluant vers la déstructuration-dissolution, selon sa logique absolue renvoyant à cette situation. Si la réponse est négative, et sans doute puisque la réponse est négative, comme on en fait l’hypothèse, alors on se retrouve totalement la logique de la dynamique surpuissance-autodestruction. » 

Naufrage de la raison, de la logique, de la géopolitique

Il nous semble que nous avons atteint ces dernières années, particulièrement depuis le début de la crise ukrainienne (février 2014), le régime infernal ultime du développement de la politiqueSystème. D’un point de vue opérationnel, cela signifie que plus rien dans cette politique ne semble avoir de sens logique, que dans tous les cas plus rien ne répond à quelque logique humaine que ce soit. La politiqueSystème est devenue ce qu’elle est au plus fondamental d’elle-même, sans plus rien chercher à dissimuler : une force brute, furieuse, un déchaînement aveugle par la simple évidence qu’elle n’a nul besoin de regarder ni de voir pour se déchaîner, parce que moins elle voit et plus elle se déchaîne, et parce que si elle ne regarde rien son déchaînement est absolue et sans limite... Ainsi sont rencontrés son désir et sa nécessité suprêmes d’atteindre à sa surpuissance totale.

Cette politiqueSystème ainsi parvenue à son point de fusion absolue n’a strictement plus aucune orientation géopolitique, ni la moindre cohérence du point de vue de ce domaine géopolitique (et les activités allant avec, comme la diplomatie). Cela est “normal” selon ce que nous disons de cette politiqueSystème dans la mesure où la géopolitique répond à une logique des rapports de force tels qu’ils sont évalués par la raison humaine, et en fonction de ce que cette raison s’assigne comme objectif par rapport à l’analyse qu’elle fait de la situation et des intérêts du parti, de la nation, de la puissance qu’elle représente. Cette réduction ultra-rapide de l’importance, sinon de l’existence même de la géopolitique en tant qu’acteur substantiel, est d’autant plus évidente que, après ces 15-20 dernières années du traitement qui lui a été imposé par les politiques les plus aventuristes et les plus déstructurantes (d’ores et déjà la politiqueSystème était à l’œuvre même si encore en partie), la géopolitique a été emportée dans un processus de déstructuration et d’incohérence qu’elle a favorisé et qui l’a réduite elle-même à rien. (Surpuissance-autodestruction...)

Pour ajouter à cette évolution, la géopolitique, qui est une matière mouvante et instable dans son opérationnalité selon les différences de situation, a vu sa cohérence, sinon sa pertinence et même sa raison d’être, complètement mises en question jusqu’à la complète négation par la puissance et le triomphe de la communication comme activité première de la matière politique générale. Pis encore et pour achever le propos, la transformation de la situation générale en un simulacre complet, notamment et surtout grâce à la communication, a achevé de réduire à néant le rôle de la géopolitique, et donc de la perception rationnelle de cette situation politique générale ; il lui reste la piètre consolation de séduire la rationalité des experts un peu à la façon d’une bouée de sauvetage à laquelle on s’accroche ou de telle poussière avec laquelle Montherlant nous invite à aller jouer, puisque hors la géopolitique ces experts ont appris minutieusement à ne rien comprendre de la situation du monde.

“La référence n’est plus le Système mais le désordre”

En atteignant son régime de surpuissance qui le fait échapper à tout contrôle humain, la politiqueSystème a orienté ses attaques principalement vers la cohésion même de l’espèce, dans tous ses aspects, essentiellement à la confluence de la culture, des mœurs et de la psychologie, ce qu’on désigne après tout comme le “sociétal” (y compris ce qu’il y a de sociétal dans les religions) qui fournit actuellement la plupart des arguments d’affrontements. Cette attaque ultime se fait dans un monde complètement éclaté et déstructuré par la globalisation et le désordre qu’elle entraîne, et particulièrement dans ce domaine sociétal où par définition le fait structurel a peu d’attraits parce que ce domaine est fait d’équilibres en constants changements et mouvements et de déséquilibres heureux de leurs sorts et bien décidés à y subsister.

Ce faisant en s'adaptant si parfaitement à la postmodernité, la politique Système s’aligne tout aussi parfaitement sur la démiurgie totalement invertie et démoniaque qui fait fonction pour le Système de simulacre d’essence. Pour toutes ces raisons, ses attaques paraissent chaotiques, inexplicables et incompréhensibles. Cela vaut particulièrement pour ceux qui se jugent liés au Système, qui favorisaient la politiqueSystème jusqu’alors, et qui sont les premiers à n’y plus rien comprendre parce que leurs pauvres esprits en sont restés à la rationalité de leur triste hybris (conquête, hégémonie, suprémacisme) et qu’ils sont ainsi conduits à adopter des positions changeantes, fluides, souvent versant dans l’antiSystème sans qu’ils le réalisent. Il en résulte que les positions de la fonction antiSystème ne cessent de changer et demandent une attention constante si on veut les déterminer et les suivre.

Cette situation insaisissable, incontrôlable et incompréhensible d’abord aux partisans du Système, l’est d’autant plus qu’elle ne peut se faire qu’à l’aide d’énormes simulacres type Russiagate dont on sait que leur absence totale d’être (par conséquent, opérationnellement leur absence de structure ou d’architecture) les rend extrêmement flexibles et perméables, et permettant de passer aisément vers des postures antiSystème. (Raphaël Enthoven : « Les simulacres dont le philosophe [Mattei] dénonce l’instabilité sont des illusions produites par des formes pérennes vers lesquelles l’esprit peut remonter. ») Cette même situation permet aussi bien aux esprits qui ne sont pas insensibles à la réalisation même d’un instant de la catastrophe en cours de s’échapper, même parfois pour un instant, d’un Système littéralement devenu fou, et à cet instant de devenir un instant antiSystème. Il en résulte une instabilité, une fluidité permanente, c’est-à-dire le désordre absolu ; alors, effectivement et très logiquement, et tous ces instants s’additionnant pour former une sorte de Temps Nouveau et de “nouveau paradigme”, nous en sommes venus à cette situation fondamentale et révolutionnaire où “la référence n’est plus le Système mais le désordre”.

Il s’ensuit que le nœud de la puissance dans la résistance désormais, c’est la conscience de se placer le plus souvent possible, le plus durablement, dans son ontologie d’antiSystème, – d’où la nécessité de constamment identifier la posture d’un antiSystème si changeant sans s'embarrasser du scrupule des contradictions et des paradoxes. Cette conscience en constante recherche ontologique de l’être antiSystème, qui semblerait une faiblesse n’est qu’une difficulté dont la tension qu’elle demande crée une pression psychologique collective qui finit par exercer une pression fondamentale d’influence antiSystème sur le Système, le conduisant à verser de plus en plus de la surpuissance vers l’autodestruction...

Notes sur le Moment-glasnost du Système

Par Philippe Grasset, le 14 août 2017
http://www.dedefensa.org/article/notes-sur-le-moment-glasnostdu-systeme
14 août 2017 – Nous allons nous attacher à développer l’hypothèse en forme d’analogie historique que nous avons esquissée dans nos Notes d’Analyse du 9 août 2017, et d’abord en nous citant nous-mêmes comme nous faisons souvent, et ici dans la mesure où le dernier intertitre de ces notes (« Le Moment-glasnost du Système ») résume, dans une sorte d’abstract l’analogie historique que nous voulons développer, – à preuve, la reprise de l’expression dans le titre.

(Pour bien situer le débat, nous ajoutons que cette hypothèse n’est nullement raisonnée au départ, ni construite rationnellement. Elle est née, devant l’énigme que représente l’actuelle situation crisique aux USA, d’une intuition nourrie par l’expérience d’avoir vécu l’époque de la glasnost en témoin très intéressé et professionnellement impliqué dans le commentaire de cet événement. C’est-à-dire qu’à suivre les événements à Washington D.C. et aux USA depuis deux ans, il nous est apparu brusquement [intuition] qu’ils pouvaient être embrassés et infiniment mieux éclairés par une analogie historique qui est absolument justifiée à nos yeux [similitude générale du destin de l’URSS et du destin des USA], et nous y avons été menés très rapidement par la phrase “la référence n’est plus le Système mais le désordre”.)
Cette méthodologie doit nous permettre de parvenir à mieux éclairer et à tenter de mieux comprendre le processus de rupture révolutionnaire en cours à “D.C.-la-folle” et aux USA, qui est le seul processus-crise d’importance aujourd’hui, qui nous affecte tous, qui a le potentiel d’un bouleversement général du monde. Nous partirons du constat extraordinaire que nous faisons dans plusieurs textes de ces derniers jours et que nous reprenons en tête de notre “Rétrospective” (nominalement du 06/08 au 12/08) de page d’accueil, en ouvrant sur cette phrase plusieurs fois reprise et qui devient finalement le constat fondamental qui sanctifie l’importance de l’évolution décisive qui s’est passée à Washington D.C. (et dans notre monde-Système) en 2016-2017 :

« La référence n’est plus le Système mais le désordre”, telle est la phrase que nous employons à plusieurs reprises dans divers textes très proches (notamment deux fois le 7 août 2017 et le 7 août 2017, et le 9 août 2017) pour caractériser une évolution décisive à Washington D.C., ditto “D.C.-la-folle” décidément ; mais une évolution qui n’est propre en aucune façon à cette seule “D.C.-la-folle” mais bien à notre situation générale puisque nous sommés tous concernés par cet énorme changement de paradigme où notre référence n’est plus le tout-puissant Système mais le désordre que sa folle surpuissance a engendré... »

A partir de ce constat, voici donc l’analogie historique que nous proposons pour identifier ce phénomène extraordinaire (« La référence n’est plus le Système mais le désordre »), en le faisant correspondre à un “modèle” historique qui nous paraît inéluctable tant la chute de l’URSS en tant que système (système du soviétisme) annonce celle des USA en tant que système de l’américanisme comme développement historique en forme de double double, salué par un clin d’œil, du système du soviétisme ; ainsi, grâce au “clin d’œil”, on peut parler du “modèle” de la chute-URSS valant pour la chute-USA, – l’Histoire comme métahistoire ne se répétant pas dans ce cas ni ne balbutiant mais continuant son travail de mastication gigantesque. Par contre, bien entendu, le système de l’américanisme, par sa puissance, par sa spécificité, par son idéologisation, la sophistication de sa corruption et de sa barbarie, par son hybris et ses perversions psychologiques (voir « le duo psychologique “inculpabilité-indéfectibilité” »), dépasse bien entendu en bon élève exceptionnaliste le “modèle” (l'URSS) et sa chute est directement liée à celle du Système : signe qu’il y a effectivement continuation jusqu’au final de la Chute, et non répétition.

Cela admis, le caractère séquentiel du “modèle” doit absolument être consulté, d’où notre citation annoncée.

« Le Moment-glasnost du Système »

« Si l’on veut une analogie de situation (et non d’évènements), nous dirions que nous sommes arrivé au “moment-glasnost” du Système, en référence à la fameuse campagne lancée par Gorbatchev dès l’automne 1985. Contrairement à une opinion souvent répandue, et d’ailleurs par l’acteur de la chose lui-même (Gorbatchev), selon laquelle c’est la perestroïka (nouvelle politique économique) qui fut l’acte fondamental de sa période dite-réformiste (1985-1991) aboutissant à l’implosion de l’URSS et du fait communiste, c’est selon notre appréciation et notre expérience vécue la glasnost qui en fut l’acte révolutionnaire et fit de cette “période réformiste” une période rupturielle, eschatologique et catastrophique au sens métahistorique. Elle pulvérisa les dernières structures psychologiques d’un régime déjà tombé dans le désordre de la corruption et de l’irresponsabilité. 
La glasnost commença d’ailleurs très vite, quelques semaines après la prise du pouvoir par Gorbatchev, et à pleine vitesse dès l’automne 1985, presque sans que Gorbatchev l’ait voulu ainsi, par pure dynamique antiSystème... (Voir notre texte du 12 mai 2008, reprenant un article de PhG datant de mars 1986 : dès cette époque du début 1986, les échos de la glasnost parvenaient quasiment “en temps réel” en Occident...)
» La glasnost peut être définie comme une “libération de la parole” avec une action essentiellement sur la psychologie, et c’est bien à cette situation que nous faisons référence pour l’actuelle période où “... le désordre a remplacé le Système comme référence”. Nous disons bien “libération de la parole” et non expression d’une soi-disant Vérité retrouvée, c’est-à-dire la parole échappant à la police du puritanisme-marxiste, comme la parole tend aujourd’hui à échapper de plus en plus à la police du “puritanisme-sociétal” des progressistes-sociétaux du fait même du débat furieux qui permet aux adversaires de ce puritanisme, sommés de s’expliquer et qui s’expliquent en contre-attaquant de plus en plus radicalement, de s’exprimer dans des termes qui deviennent de plus en plus sacrilèges et destructeurs de ce puritanisme-sociétal.

» C’est bien à cette époque de la glasnost-Gorbatchev que nous faisons référence pour notre propre époque où la presseSystème est si complètement dans le simulacre qu’elle finit par produire elle-même la critique et le ridicule de ses affirmations en le suscitant chez ses adversaires ; où le gouvernement de cette énorme puissance (“D .C.-la-folle”) est devenu un tourbillon de folie où plus personne ne sait qui est qui et qui fait quoi ; où le président gouverne comme l’on joue à la roulette, en s’exprimant dans des termes qui défient le puritanisme-sociétal ; où le Congrès vote des lois surréalistes sans la moindre conscience de leurs effets et de leurs conséquences ; où la parole-Système n’a plus de référence ; où enfin chacun et tout le monde, dans ce désordre, peut se retrouver antiSystème du jour au lendemain, pour un moment ou pour un instant, puis recommençant quelques temps plus tard.

» Notre intuition est qu’une telle situation psychologique attaque la surpuissance du Système d’une façon dévastatrice comme la glasnost attaqua psychologiquement le “système” en URSS jusqu’à sa dissolution complète sous le coup des vérités-de-situation qui ne cessaient de surgir d’elle-même avec assez de puissance de tous côtés du fait même de la confrontation entre ceux qui étaient alors les équivalents de l’antiSystème versus le Système. La façon et le sujet entre les deux époques sont différents : la confusion et le désordre qui s’introduisent sont similaires...

» Ainsi importe-t-il plus que jamais de savoir qui est antiSystème à tel ou tel moment où l’on en est de telle ou telle crise et, le plus difficile en vérité, à veiller à rester soi-même antiSystème dans cette même “telle ou telle crise”. Il s’agit d’entretenir une tension, de la renforcer, de la tendre toujours plus comme l’on fait de la corde d’un arcavant de décocher sa flèche. Il s’agit de ne plus laisser un seul instant de répit au Système, à son puritanisme-sociétal, à sa police du puritanisme qui se trouve plongée dans l’affolement puisque, pour eux tous également, “la référence n’est plus le Système mais le désordre”. »

« Échos de l’intérieur »

Ici, on ajoutera un extrait d’un autre texte, cité dans l’extrait ci-dessus (qu'on nous pardonne cette complexité labyrinthique), datant du printemps 1986, et pour nous il s’agit bien des premières manifestations de la glasnost. Il s’agit d’une citation de la personne interviewée, et qui est présentée de la sorte (au début de 1986) : « Helena Satchkova a passé deux mois à Moscou, octobre et novembre derniers. Elle vit en Belgique depuis sept ans, où elle a épousé un Belge rencontré lors d’une visite qu’il faisait en Union Soviétique. Couple jeune, travaillant dans le théâtre, tous les deux acteurs. Avant de quitter l’URSS, elle avait eu une vie mitigée, à cause de circonstances familiales plus que sociales ou politiques. Son père fait partie de l’Académie de Médecine, un homme de la nomenklatura. Elle retourne souvent en Russie, revoit sa mère, ses amis. Quand elle parle de l’URSS, des Russes, elle dit “nous”. » (Article publié dans Europe-Défense de mars-avril 1986.)

Satchkova rapporte ses souvenirs de son récent séjour à Moscou, notamment alors qu’avait lieu le premier sommet Gorbatchev-Reagan de Genève, en novembre 1985... Ainsi Satchkova fut-elle stupéfaite : « Ce qui était stupéfiant, c’est sa conférence de presse avec les journalistes étrangers, qu’on a vue en plus en direct à Moscou… Il a un petit accent du sud, d’Ukraine, il fait des fautes dues à ce genre d’accent. Dans cette conférence de presse, on l’a vu, entendu au naturel, sans retouches, mal tourner ses phrases, ce qui est absolument stupéfiant ! C’est la première fois, on l’a entendu dire “Mon Dieu”, et on n’a rien sucré ! Les rues étaient vides, les gens ont suivi cela ; d’habitude, on ne suit jamais ce que disent nos chefs du Parti, toujours les mêmes phrases, avec des ismes et tout, retouché, arrangé ; ici, tout le monde écoutait, on a tout arrêté, on ne mangeait plus, on était devant nos postes. Pour la première fois, on avait l’impression d’être traités en êtres humains, du fait qu’on entendait quelque chose en direct. »

Par cette citation, nous voulons simplement suggérer que la glasnost commença en URSS par la “libération de la parole” du dirigeant du système du soviétisme lui-même, et à notre sens sans qu’il ait eu conscience de la chose. Nous le répétons souvent : Gorbatchev lui-même donne rétrospectivement trop peu d’importance à la glasnost et beaucoup trop à la perestroïka, – signe qu’il a été influencé par l’économisme de l’ultralibéralisme qui a envahi le monde comme une peste dès 1991. Mais notre appréciation fondée sur notre témoignage et notre perception, et déjà bien rendue dans le texte cité, est que l’activité quotidienne de Gorbatchev au pouvoir fut continuellement alimentée par la nécessité inconsciente de montrer lui-même, y compris par l’exemple de ses propres démarches, l’importance extraordinaire qu’il attribuait et donnait instinctivement à la glasnost. La psychologie collective, par le biais d’une transformation massive des psychologies individuelles enfin rassemblées, en fut absolument bouleversée.

“Libération de la parole”, Made In USA

La remarque que cette évocation nous suggère est bien de rappeler que nous avons eu constamment à l’esprit durant la campagne des présidentielles de 2016 le jugement que le principal apport de Trump, et que ce qui était le plus apprécié chez lui par ses électeurs, c’était effectivement ce que ces gens ressentaient comme “la libération de la parole” dans le chef d’un candidat à la présidence. Il ne s’agit pas de verser ici dans la polémique vulgaire, complètement obsolète, absolument déformée par des psychologies pathologiquement obsédées par l’idéologisation, de savoir si Trump disait ou non des vérités, s’il était fasciste ou populiste, ou pas du tout, toutes ces sornettes qui ont fait l’essentiel du débat à son propos.

(Pour pasticher une remarque d’Alain Finkielkraut parlant de mai 1968 [émission Histoire, 11 août 2017], “avec Trump, on a le fascisme facile”, et il suffit d’un tweet de travers pour voir surgir dans les commentaires énervées les hordes de SA d’un nouveau Röhm, ce qui serait assez aisé avec nos LGTBQ actuels. Bref, laissons cela, car ce n’est pas dans cette perspective que Trump présente de l’intérêt.)
Cette “libération de la parole”, résumée par le commentaire souvent entendu chez les partisans de Trump qu’“il dit ce qu’il pense” (ce qui ne signifie pas qu’il pense bien ou mal, ni qu’il pense vrai ou non), rejoint par une autre voie les premiers pas, les premières manœuvres plus ou moins élaborées qui conduisirent à la glasnost dans l’URSS de Gorbatchev. (Si l’on veut, cela rejoint la remarque de Satchova : « Dans cette conférence de presse, on l’a vu, entendu au naturel, sans retouches, mal tourner ses phrases, ce qui est absolument stupéfiant ! C’est la première fois, on l’a entendu dire “Mon Dieu”, et on n’a rien sucré ! »)

Par conséquent, voilà Trump devenu “American Gorbatchev”, avec toute sa grossièreté, ses manies et lubies, ses insultes, ses contes à dormir debout : le fait reste qu’il parla le plus souvent sans filet pendant sa campagne, sans se retenir, sans “être sucré” par les garde-chiourmes de la communication. Cela ne garantit rien du fond, ni du dessein, ni de la qualité, ni de la bienpensance, ni de l’idéologie, etc., encore une fois tous ces jugements complètement hors-sujet ; cela importe essentiellement et décisivement dans la mesure où cela agit comme une sorte de déclencheur, de détonateur... A partir de là, ses adversaires se déchaînent et adoptent eux aussi une “parole libérée”, déversant des torrents d’injures, d’insultes et, bien entendu, de grotesques constructions. Tout cela bouscule l’ordre établi et fait basculer le standard de la “conversation” habituelle à l’intérieur de l’establishment. On ne dissimule plus rien, ni la haine, ni le mépris, ni le mensonge, ni la passion en général dans tous les sens et de toutes les façons possibles. On dévoile involontairement et par conséquent avec une force stupéfiante puisque sans retenue, toute « la barbarie intérieure » (Mattei) du Système, celle qui cherche à nous contraindre infiniment.

Deep State, ainsi sois-tu  

De tout cela il apparut évident, dès l’élection acquise et l’opposition à Trump entrée dans un déchaînement complet, sans plus dissimuler son intention de le faire tomber, de le renverser, de le piétiner, de le tronçonner, de le balader avec sa tête au bout d'une pique comme lors de nos belles révolutions colorées de rouge, etc., qu’un nouvel acteur de cette “tragédie-bouffe” apparaissait en plein jour, pour ce qu’il était, sans la moindre dissimulation, – lui dont le caractère fondamental, l’ontologie même est la dissimulation, – cela, hop, envolé grâce à la glasnost-USA ! Il s’agit du Deep State, ou “État profond”.
L’expression est apparue dans les années 1990 en Turquie au milieu d’affaires troubles (“Loups Gris”, Gladio local & Cie) et elle est restée assez longtemps sans éveiller d’intérêt sémantique particulier. C’est autour des années 2012-2013 qu’elle commença à être d’un emploi courant là où comptent les choses de cette sorte, – aux USA. (Peter Dale Scott, qui fut parmi les pionniers à user de ce terme, employait précédemment le terme “Deep Politics” désignant si l’on veut l’activité opérationnelle du Deep State.) On sait ce que signifie cette expression, de même que l’on sait que nous contestons qu’elle ait nécessairement et généralement une connotation négative (voir le 10 août 2015) ; par contre, il est absolument incontestable qu’elle a effectivement et nécessairement cette connotation négative aux USA, dans l’emploi qui en est fait depuis 2012-2013.

Il faudrait au moins six mois de préparation pour disposer des forces disponibles et utilisables
Plus encore, l’expression a acquis aux USA, en très peu de temps, une dimension mythique sinon mystique, quasiment diabolique et suprahumaine (ou infrahumaine, type-Mordor) que n’a jamais vraiment connue, par exemple, l’expression de “Complexe Militaro-Industriel”. (*) Sans doute est-ce dû à l’assemblage d’un mot (“État”) et d’un qualificatif (“profond”) à la fois si puissants, si vagues et si insaisissables. En même temps, on observera que la pression des événements crisiques, de plus en plus écrasante dans cette période, notamment avec les suites de la crise de 2008 et les crises syrienne et ukrainienne, nécessitait en quelque sorte une espèce de Diabolus Ex Machina qui serait décrit par une symbolique et une expression écrite aussi puissantes.

Deep State en pleine lumière

Quoi qu’il en soit, le Deep State constitue l’acteur central, le manipulateur permanent, le maître du complot et du simulacre, la puissance tellurique, tout cela à la fois ordonnant l’animation de la puissance crisique du Système, la politiqueSystème, etc., essentiellement aux USA. Mais, dans la narrative du Système, il devait rester un “non-vu à-peine-dit”, une présence irrésistible mais pourtant dissimulée, une ombre noire qui ordonnait la destruction du monde avec une méthode et une précision admirables, comme presque sans se salir les mains, quasiment sans intervenir...
Ce qui s’est passé essentiellement à partir de 2016, et particulièrement après la victoire de Trump, c’est un basculement complet, un éclair de lumière fulgurant. Seule la haine portée à son paroxysme, comme l’étonnant personnage (ce Trump) a pu déchaîner contre lui, peut expliquer l’étrange phénomène : sa propre “libération de la parole” (celle de Trump) a obligé les autres à la “libération de la parole”, notamment de ses adversaires et éventuellement des critiques de ses adversaires qui ne sont pas nécessairement partisans de Trump, au nom du Deep State et à propos du Deep State, l'impliquant ainsi dans l'infamie boueuse de sa sacralité piétinée. Il s’avéra en effet impossible d’accepter l’impensable (l’élection de Trump) et de faire selon l’ordonnancement habituel : une acceptation résignée de la chose avec la certitude que Trump rentrerait dans le rang ordonné par le Deep State.

Depuis neuf mois, nous vivons au rythme de cette étrange glasnost à l’américaine, opérationnalisée avec une violence et un tintamarre extraordinaires. On ne parle que de “coup”, (silencieux, rampant, par destitution, par incantation, par assassinat virtuel, etc.) et la présence vigilante ou comploteuse, c’est selon, du Deep State est partout signalée et commentée. Un ex-directeur de la CIA vient dire en public et sous les applaudissements de l’establishment (nom chic, de moins en moins usité, pour la section mondaine du Deep State) que les officiers du gouvernement devront, si Trump fait ceci ou cela, refuser d’obéir au commandant-en-chef démocratiquement élu, sinon le balancer, éventuellement manu militari. Brennan parle au nom du Deep State, comme le WaPo et le NYT, comme Sa Majesté BHO, comme Michal Moore, comme la ribambelle-Clinton, comme les Soros’ boys de Black Live Matters, comme Robert de Niro et Meryl Streep... Que du beau linge.

Comme un boxeur KO debout

En effet, c’est là le cœur de notre interprétation. La “libération de la parole” en URSS signifiait la libération par déchaînement (littéralement : “ôter ses chaînes”) des psychologies de l’emprisonnement que leur faisaient subir l’idéologie, le régime, ce simulacre complet installée par la terreur policière et transformée en une contrainte de communication par adaptation aux consignes de la modernité-postmodernité. A partir de Gorbatchev, les chaînes furent ôtées aux psychologies, et c’est l’acte essentiel qu’il nous importe de rappeler : à partir de là, le régime intouchable, indiscutable (dont tout le monde parlait tout bas, que certains détestaient, dont d’autres abusaient, etc., mais que personne ne mettait ni en cause ni sur la défensive), ce régime était soudain devenu acteur et sujet du discours public, de la rumeur, de la contestation, de la réaction, etc... Le reste, ce sont les avatars divers de la politique et l’on ne peut juger de la vertu de la glasnost en fonction de ce qui suivit ; dès lors qu’il y avait glasnost, le système (du soviétisme) devait périr, et après l’on verrait bien... (Et, les choses considérées trente ans plus tard en Russie, cela aurait pu être bien pire.)
Dans le cas des USA, ce que nous prétendons observer, c’est l’entrée dans l’arène comme acteur public, affiché, même pour sa défense ou son appel à l’aide, du système de l’américanisme, du Système lui-même, du Deep State enfin, dans sa sémantique symbolique, sacralisée et absolument explosive. On ne peut plus soutenir aujourd’hui les contes de fée qui ont constamment enjolivé l’histoire et la situation des USA : ce pays, sur la puissance duquel se repose le Système, est déchiré, désarticulé, quasiment démantibulé et groggy comme un boxeur KO debout...

Cela signifie que le facteur sacré, essentiel, de toute la machinerie qui nous emprisonne, a été frappé de plein fouet par le sacrilège et qu’en retour cette machinerie est conduite à desserrer son étreinte. Notre interprétation est qu’il s’agit bien d’une glasnost, certes dans des conditions très différentes de ce qui se passa en URSS, mais avec à notre sens une intensité du déchaînement psychologique qui va dans le même sens induit par la “libération de la parole” de la période de la glasnost. Il est donc très possible sinon probable que les USA en paye la note d'une façon ou d'une autre, mais sévère exactement comme l’URSS, par une forme de démembrement, d’une déconstruction chère aux postmodernes.

Bien entendu, il n’est pas question de prendre parti, ni même de porter un jugement sur les uns ou sur les autres, sur l’un ou sur l’autre. (Nous le faisons à suffisance dans d’autres occasions.) Il n’est ici question que de tenter d’identifier et d’analyser ce qui nous paraît être un processus essentiel en cours aux USA, dont personne n’a conscience, où personne n’a joué de rôle directeur, dont personne bien entendu n’appréhende les conséquences (y compris le rôle central du détonateur qu’est Trump, par ailleurs personnage complètement incohérent et chaotique, situé complètement en-dessous d’un Gorbatchev comme valeur humaine et politique).

C’est un jugement totalement métahistorique, qui s’autorise à se poser lui-même en raison de la puissance des événements et de la communication, de la contraction du Temps et de l’accélération de l’Histoire. Nous-mêmes ne pouvons ni ne voulons évidemment rien dire de plus, ni sur les perspectives, ni sur les effets, ni sur les conséquences, à la fois sur les psychologies et sur les événements. Simplement, il nous semble que les divers éléments soi-disant “objectifs” disponibles, aussi bien la durée du phénomène hors des normes-Système et le dévoilement sacrilège du Deep State, autorisent de telles hypothèses dont le sens est nécessairement catastrophique.

Note

(*) D’une façon générale, la dimension symbolique, voire mystique du CMI, celle qu’on retrouve dans le Deep State, a été peu ou pas relevée. Néanmoins, certains auteurs ont bien vu le symbolisme furieux et catastrophique qui s’attachait au bâtiment dit du Pentagone, qui symbolise le Complexe Militaro-Industriel comme le centre d’une gigantesque toile d’araignée. Ce fut notamment le cas de James Carroll dans son livre “The House of War”.

Regarder le monstre dans les yeux 

L’une de nos lectures de l’été est “House of War: The Pentagon and the Disastrous Rise of American Power”, de James Carroll. (Nous vous en reparlerons.) James Carroll est un personnage singulier et le livre nous paraît devoir prendre une place majeure dans l’analyse de la psychologie américaniste et de ses rapports avec le Pentagone et avec la guerre.

(Carroll, personnage singulier? Sans aucun doute : ancien séminariste, catholique fervent, chroniqueur libéral dans le sens américain du terme. C’est le fils de Joe Carroll, autre personnage singulier : Joe Carroll passa directement, en 1947, de la fonction d’agent du FBI au grade de brigadier général de l’USAF pour créer l’Office of Special Investigation, qui allait devenir la Defense Intelligence Agency [DIA], le service de renseignement du Pentagone, qu’il dirigea jusqu’à la fin des années soixante. James Carroll, le fils et notre auteur, a plusieurs livres à son actif, qui mélangent la réflexion théologique et l’analyse stratégique et psychologique contemporaine.)

En attendant (la fin de notre lecture), voici une interview de Carroll, sur le site Buzzflash.com, par Mark Karlin.

La conversation permet une première approche d’un phénomène qui est l’explication centrale de la crise de notre temps : le Pentagone est l’expression ultime à la fois du développement machiniste du monde, et de la structure systémique auxquels nous sommes enchaînés. L’aspect “militaire” et l’aspect “armements” ont évidemment une place essentielle ; mais cette évidence dissimule peut-être le cœur de la substance de cette “place essentielle”. L’aspect militaire/armements est d’abord important par ce qu’il exprime du caractère machiniste et du phénomène systémique qu’est le Pentagone. Littéralement, les hommes de l’establishment américaniste sont prisonniers de ce système ; bien sûr, ils nous (nous, non-Américains) entraînent dans cette prison puisque l’essentiel des relations internationales et de notre façon de vivre est aujourd’hui sous la pression constante de l’américanisme.

Un exemple éclairant de cet emprisonnement est Eisenhower : l’homme qui a dénoncé le Complexe (le Pentagone) est celui qui lui a permis de se développer :

« What’s interesting about Eisenhower’s warning, which comes just a couple of days before he left office in January of ’61, is that the thing he’s warning of is the very thing over which he presided as president. He enabled the creation of the military-industrial complex. Remember what had happened in that previous decade. In 1950, the United States nuclear arsenal consisted of about 200 atomic bombs. By 1960, when Eisenhower left office, the United States nuclear arsenal had grown to almost 19,000 nuclear weapons, most of them hydrogen bombs. Eisenhower understood more than anybody, I believe, the futility of that accumulation, the danger of it, the absurdity of it, the meaninglessness of it. And yet he had enabled it. […] By the time Eisenhower really saw it in full flower in 1959-1960 — he saw the Presidential election determined by Kennedy’s warnings of the so-called missile gap and so forth — Eisenhower realized what a monster was set loose. That’s what he was warning of. The lesson for us is that even someone who sees this monster for what it is, is relatively powerless to influence its development. We see that story played out again and again down through the decades. »

La conversation est pleine d’autres points essentiels et éclairants. Nous vous laissons les découvrir, avant d’y revenir certainement.

Un point pourtant, un jugement inédit, une idée absolument originale que nous offre James Carroll. Il nous explique que tout espoir n’est pas perdu dans la mesure où un pays-Empire a réussi à se sortir des griffes du (de son) complexe militaro-industriel : l’URSS devenue Russie. Selon Carroll, le processus valait bien les souffrances et les ruptures que la Russie dut subir :

« And look at the greatest example of that change — it took place in the Soviet Union, which dismantled itself. Instead of blaming everything on the enemy outside, it actually confronted its own corruptions, and took itself apart. That great event of the 20th Century — the non-violent demise of the Soviet Union — is something that we Americans should look much more closely at as a source of hope. Our shallow insistence that we “won” the Cold War means that we don’t actually have to look at what happened on the other side. After the leadership of Mikhail Gorbachev, especially, but not just him, and in response to pressures from below, the Velvet Revolution, the Soviet Union offered us a way to step back from the totalitarian impulse. And we should understand that we can do it, too. We can dismantle the structure of a military economy. We can transform our national identity. We can stop being a nation based on the preparation for war. It’s all possible. It happened in the 20th Century and it can happen in the 21st. »

Cette façon d’interpréter l’évolution URSS-Russie de 1985 à 2006 en intéressera plus d'un, et en choquera beaucoup, beaucoup d’autres (de ceux qui gardent une place essentielle à l’image de l’anticommunisme messianique dans leur prêt-à-penser, à ceux qui ne peuvent entendre le nom de Poutine sans sortir leur revolver à vertu).

L’interprétation est réellement très novatrice et nous renforce dans notre idée que Gorbatchev est le grand chef d’État de la fin du XXème siècle. Par contre, elle nous laisse plus sceptiques sur la capacité de vaincre le Complexe américaniste (le Pentagone), comme Gorbatchev a vaincu le Complexe soviétique. Le Pentagone, c’est du grand solide, et l’emprisonnement des psychologies américanistes est bien plus profond et cadenassé que ne l’était celui des psychologies russes du temps du communisme.

The Pentagon Is Our Out-of-Control “House of War”

Interview with James Carroll, by Mark Karlin, Buzzflash.com, 20 July, 2006

BuzzFlash: Your latest book is House of War. In our previous interview with you about the book Crusade, we touched upon something that seems to us significant to your narrative in House of War, which is, you have a personal connection to the Pentagon.

James Carroll: I was raised in Washington. My father worked at the Pentagon as an Air Force officer, and I went there with him as a child. In some large way, it’s a building that shaped my imagination of the public realm. I confess that, when the Pentagon was struck on 9/11, I recognized, in a way I never have before, almost the mythic power of that building in my own imagination — and I think in the imagination of our nation. The building is very much a personal metaphor in my life.

In ‘House of War’, I look beyond the myth to really understand the Pentagon as a center of policy and examine the way in which American power has been centered in the Pentagon. The building is a metaphor for me personally, but it is also a center of policy.

That’s important to recognize, because the policies cry out to be more fully criticized. To the extent that we leave the building as an unanalyzed myth or metaphor, the policies themselves go uncriticized. So the Pentagon must be treated very analytically and very critically as a source of American decision making.

BuzzFlash: In the history of the American military, the Pentagon is a relatively recent building — sixty or so years old.

James Carroll: The ground for it was broken on September 11th, 1941. The formal dedication of the building took place in January of 1943, which was an astounding feat of civil engineering — the building was constructed in barely more than sixteen months.

BuzzFlash: It is an enormous structure.

James Carroll: Indeed it is. The sheer enormity of it is already a significant question. A bureaucracy of that size inevitably carries its own impersonal dynamic which transcends the capacity of the human beings within it to exercise individual moral agency. That’s one of the themes I explore in House of War — how the impersonal bureaucracy stamped the policies that were shaped by a succession of individuals, no one of whom was ever able to master the government agency at the center of the Pentagon. That’s one of the issues we have to confront — that the Pentagon has become its own entity, its own source of power and significance.

BuzzFlash: If we look at the history of nation-states, there is always a tension and a fluctuation between military power and civilian power. In the case of the Roman Empire, civilian and military power were basically one. The military was the vehicle by which the nation-state became an empire. This cuts to the essential issue of a democracy that has civilian leadership. Is the military leading us, and our civilian leadership goes along? What did you come to see about this? You begin your book, I might add, with part of the often-quoted farewell address from President Eisenhower. It warns about the military-industrial complex overpowering the civilian government and becoming a force that could undermine democracy.

James Carroll: The military ethos should not be discussed as if it’s only represented among those who are in uniform. A distinction between military and civilian, as if civilians are less belligerent or less war-minded than “military” people, is actually too facile for what we’re discussing. After all, the most belligerent, war-like people who have shaped American policy over the last sixty years have themselves been wearing business suits, not uniforms. Whether you talk about James Forrestal, the first Secretary of Defense appointed in 1947, or Donald Rumsfeld today, we see civilians exercising power in extremely belligerent and militarist fashion. And often it’s the people in uniform, those who have firsthand knowledge of the horrors of war, who are most reluctant to embrace warlike solutions.

Omar Bradley did not want to go to war in Korea. He was Chairman of the Joint Chiefs of Staff of the United States military, one of the great generals from World War II. It’s Dean Acheson, Secretary of State, who was banging the drum for war in Korea. At the other end of the story, we have Colin Powell, Chairman of the Joint Chiefs of Staff of the United States military in 1991, at the time of the first Gulf War, who is among the inner circle of government leaders the most reluctant to launch that war. Then-Secretary of Defense Cheney was the most ready to. So it isn’t as simple as civilians versus military.

The Pentagon is decidedly under the authority of civilian leadership. But the civilian leaders themselves are at the mercy of a kind of military ethos. That’s part of what makes this complicated.

BuzzFlash: President Eisenhower’s warning obviously came after his career in the military. He was the Commander in Chief of the Allied Forces during World War II who became president. He was a military hero. He’d led the European effort in World War II. Why did he see this coming?

James Carroll: What’s interesting about Eisenhower’s warning, which comes just a couple of days before he left office in January of ’61, is that the thing he’s warning of is the very thing over which he presided as president. He enabled the creation of the military-industrial complex. Remember what had happened in that previous decade. In 1950, the United States nuclear arsenal consisted of about 200 atomic bombs. By 1960, when Eisenhower left office, the United States nuclear arsenal had grown to almost 19,000 nuclear weapons, most of them hydrogen bombs. Eisenhower understood more than anybody, I believe, the futility of that accumulation, the danger of it, the absurdity of it, the meaninglessness of it. And yet he had enabled it.

BuzzFlash: When you say he enabled it, was this something where, in essence, there were forces under him? He wasn’t pushing it, but he went along with it?

James Carroll: In effect — yes. In the early part of his administration, he was determined to keep the budget down, and especially the military budget. After Korea, Cold War panic about the Soviet Union was at a fever pitch. Eisenhower and his Secretary of State, John Foster Dulles, embraced the so-called doctrine of “massive retaliation” — instead of fielding a conventional force that could match the Soviet Union, which was probably impossible for the United States at that point. We were going to stand against the Soviet Union with our nuclear arsenal, threatening any aggressive move by the Soviets with a massive nuclear attack. “Massive retaliation” was the phrase. Brinksmanship was the word that came into vogue. Dulles and Eisenhower were convinced that their threats to use nuclear weapons against China and the Soviet Union were what brought the North Koreans to the negotiating table finally to end the Korean war and the stalemate.

Eisenhower actually established the doctrine that enabled, especially, Curtis LeMay to run wild with it in the creation of the Strategic Air Command through the 1950s. It was LeMay more than anyone who became the unchecked strategic bomber general who presided over this massive accumulation of nuclear weapons. Of course, with the Air Force taking that lead, the Navy had to compete with it.

And here’s where the bureaucracy comes in. The bureaucracy needed the separate American military branches to compete, leading to the Navy’s accumulation of nuclear weapons in its missile force and submarine force. It wasn’t a national security need that was being met then — it was the bureaucratic need of the Navy against the Air Force. There was a dynamic set loose in those years, under Eisenhower. By the time Eisenhower really saw it in full flower in 1959-1960 — he saw the Presidential election determined by Kennedy’s warnings of the so-called missile gap and so forth — Eisenhower realized what a monster was set loose. That’s what he was warning of.

The lesson for us is that even someone who sees this monster for what it is, is relatively powerless to influence its development. We see that story played out again and again down through the decades.

BuzzFlash: We might explain for the sake of non-partisanship and historical accuracy that JFK won the election of 1960 by a narrow margin, and part of his march to victory was the alleged missile gap with the Soviet Union.

James Carroll: That’s true, and I address that in some detail in House of War. The late 1950s was a time of American panic — panic that the Soviet Union was coming. The old theme of the Cold War is: “The Russians are coming, the Russians are coming.” It was actually the phrase that was on the lips of James Forrestal not long before he committed suicide in a fit of clinical paranoia. But the American political paranoia that Forrestal helped put in place would show up again and again in a fear that the Russians were coming with the massive ability to destroy us. After Sputnik, when the Russians were the first to put a satellite into outer space, demonstrating a mastery of very high-powered rocketry, the United States responded with a kind of panic, embodied in Kennedy’s warning about the so-called missile gap.

There was a missile gap, of course — and it was hugely in our favor. But Kennedy himself participated in this paranoid mindset. As President later, he saw it the way Eisenhower saw it — for what it was — and began to try to do something about it, which is another important part of the Kennedy story.

BuzzFlash: But as a political strategy, it is accurate to say, and worthy of note, that we had a Democratic candidate who won his election in part because he outflanked the Republicans by accusing them of compromising our national security. His campaign created a nonexistent missile gap. He campaigned on the notion that Eisenhower and Nixon, who he was running against, had let the Russians advance beyond us.

James Carroll: Kennedy established a paradigm that the American political system is still at the mercy of, which is you can’t run for high office in this country without claiming the toughest piece of the landscape. You cannot be a candidate for high office while appearing soft, which is a curse that’s now bedeviling the Democrats as they try to figure out how to take a position on the war in Iraq.

The important thing about the dynamics inside the Pentagon as I track it in House of War is that this does transcend Republicans and Democrats both. When you look at the Kennedy administration, the Carter administration, right through the Clinton administration, they’re all at the mercy of this dynamic just as much as the Republicans are.

Carter came into office announcing that his central purpose was to stop the upward escalation of the arms race and begin the reduction of nuclear weapons. He left office having done the opposite. Clinton presided over the greatest opportunity in our history for significant change in altering this dynamic, and he did not succeed in altering it in any real way at all. He kept the American Cold War arsenal and mentality alive and in amber, ready to hand it on to George W. Bush, who has resuscitated it with a vengeance. So the lesson of ‘House of War’ is that the Democrats and Republicans are equally at the mercy of the dynamic that is set loose in the Pentagon.

BuzzFlash: Let’s shift for a second to another issue which is a very key point, which is the industrial side of the military-industrial complex. We have a military budget of hundreds of billions of dollars every year. Much of this goes to military contractors — Lockheed Martin, General Electric, Northrop Grumman. They’re getting billions of dollars in contracts to create weapons systems which may or may not work. Sometimes, even after they don’t work, the projects continue. One of the biggest examples of this is the very controversial missile defense system, which has recently come back into news coverage because of the launching of missiles by North Korea.

What is the relationship there? We privatize the production of our military weapons systems that cost billions and billions of dollars. And the companies that are creating the weapons system are lobbying for the defense budget so they can get the contracts.

James Carroll: When Eisenhower warned of the military-industrial complex, he could easily have called it the military-industrial-Congressional-academic-labor-media-cultural complex, because all of the pins of American culture have been brought into this dynamic. What that means is that the nation itself has an interest in keeping the ethos of war going — an economic interest, overwhelmingly. What this does is it makes us blind to real perceptions of national security. When there are so many rewards that follow on an extremely exaggerated notion of what threatens us from abroad — when there are so many domestic rewards attached to the threat — the worse the threat, the more money that flows to industry, the more money that flows to the campaign coffers of politicians, the more money that flows to the grants of professors in universities, the more jobs that flow to labor. The worse the threat abroad, the more reward at home. And here’s the tragedy: When we build our entire economy, culture, and academia around perceived threats that start out as fanciful, the tragedy is the threats then can become real.

We see this at play today in relationship to Korea. Clearly the way to respond to what’s coming at us from Korea is through diplomacy, methods of economic interaction, bringing Korea into the culture of nations. That’s the way to deal with them. What we’re doing is the opposite. We’re isolating them by perceiving the threat in extreme terms, as if they can wipe out San Francisco tomorrow. What we do is we put in place a dynamic that gives them every incentive for going forward to create an enhanced nuclear arsenal — we give Korea reasons to do the worst. We’re doing that because it rewards so many aspects of our culture to do it. The more that people become afraid of that Korean missile, the more money is going to flow into missile defense. You can see it coming already. Of course, the missile defense is a fanciful illusion. That won’t become real. But the Korean threat indeed will.

BuzzFlash: We build paradigms of national security — and the Bush administration is masterful at this — that somehow the only threat to our country is a missile from North Korea, and not the nuclear bomb that’s coming in in a suitcase.

James Carroll: Of course.

BuzzFlash: There’s no anti-ballistic missile system that can stop a bomb that’s going to come into New York and blow up New York that someone floats up the Hudson River. But somehow we create this notion that we’re only vulnerable through ICBMs.

James Carroll: Right.

BuzzFlash: And therefore we have to spend hundreds of billions of dollars on a missile defense system that doesn’t work.

James Carroll: And we neglect what really threatens us. How many tens of billions of dollars have we spent in Iraq in the last three years? Would American security not be far more enhanced if that money had gone to fund the creation of economic infrastructure in the West Bank and Gaza, showing the world, and especially the Arab and Muslim worlds, that the United States stands for human development for people who are impoverished and disenfranchised? Israel would be secure. The Arab world would have a reason to perceive us radically differently than it does today. And the clash of civilizations that bin Laden hoped to ignite would not have happened. Tens of billions of dollars would today be rescuing this desperately impoverished population of human beings who find themselves now at the edge of a literal as well as a moral abyss. The real security threats, in other words, are not being addressed by our military responses. They’re being made worse by them.

BuzzFlash: You combine a wonderful ability to research with a tremendous eloquence and threading the dots together — also with extreme compassion, as you just outlined at least an attempt at a solution that’s much better than the one we’re currently seeing for the Middle East conflict. But let's go back to your point that it’s not just the companies that are profiting off of the military-industrial complex, but it’s academics, it’s Congress and it’s labor.

Let’s give one example and show how this might work. Let’s say there's a district where there’s a lot of defense industry, it could be anyplace — like Massachusetts, where Raytheon is. Let’s say the Congress says we need to cut back on some programs. The Congressman goes up to Rumsfeld and says: look, I need this for my district. The union says we’ve got 3,000 people employed at that plant. We would have an economic catastrophe. The mayors in that district go to the Congressperson and say: We need to keep that plant open. Let’s say they’re producing a certain type of rocket, and that private defense contractor uses academic research. They fund research at a major university and that research helps them build this rocket, and create enhanced capabilities for it.

So there we have everything tied together that you said. The Congressperson goes to the Secretary of Defense and says we can’t afford to lose this in my district. Maybe they’re Republican, in this case, and if you want to keep the Republican majority, I need these things funded, and I need the President to sign them. Can you tell the Secretary of Defense to back off and not eliminate this project? The word goes out to the Secretary of Defense: We need those 3,000 jobs because we need this Congressional district, and it’s a close district. If that project is shut down, 3,000 jobs are going to be lost. Research funding is going to be lost. The unions are going to be upset. The mayors are going to be upset. The company’s going to be upset and they give a lot of campaign contributions to us.This is not an unforeseeable circumstance, really.

James Carroll: No. It happens all over the place.

BuzzFlash: We are perpetuating a program that may not work, purely for political purposes.

James Carroll: It’s a perfect summary of the problem. We keep contracts coming to Raytheon for the missile defense program, for example — because there is a short-term economic or political benefit for such a thing — but the long-term consequence is to keep alive in the world the ethos of the arms race. Even if the real justification for the American commitment to missile defense is domestic economic benefit, the real consequence is that China and Russia have no choice but to move to escalations of their offensive capability to counterbalance it.

In 1989 to 1991 in this country, there was a lot of talk about the transformation of the American military system into alternative uses. We have to go through the painful process of transforming our economy away from the preparation for war toward the remediation of those things that really threaten us.

What really threatens the security of the United States? The economic and cultural threat of environmental disaster is an obvious one. The threat to our national security of the increasing gulf between the rich and the poor is another one. What was Hurricane Katrina? It was a wake up call on the real cost of sixty years of neglect of American infrastructure. Why was New Orleans vulnerable to that hurricane? Why were the vast population of underprivileged people most at risk? Because for two generations, we have neglected those serious security needs of ours as a people in favor of these spurious false security needs defined by the arms race. The end of the Cold War has given us — and it’s still here — a massive opportunity to change the system.

BuzzFlash: Let's consider the perpetuation of weapons systems even if they don’t work, or creating new weapons systems that might not be necessary. If you looked at the military as a company, it’s a huge workforce. You’ve got the Pentagon, and bases all over the world.

James Carroll: The national security establishment is probably America’s number-one industry.

BuzzFlash: So if we look at the Pentagon as an industry of national security — you don’t advance and you don’t utilize those systems unless you have war.

James Carroll: Yes, it’s true. And let’s be clear on why we go to war. We don’t go to war because of authentic national security issues. We go to war to preserve this dynamic. After the Cold War, the war that saved the system was the Gulf War. The reason we went to war against Saddam Hussein in 1991 very clearly had much more to do with the preservation of the Cold War system in America than it had to do with the threat that was posed by Saddam Hussein.

BuzzFlash: Let’s just talk in terms of product development. If the Kraft Company has a new macaroni product — you have to test that macaroni product out to know if it’s going to sell or be an effective product. If you develop weapons systems and you don’t try them, what good are they?

James Carroll: Right.

BuzzFlash: You’ve got all these people in the military, and in the companies that are building these systems, who are salivating at the chance to use them.

James Carroll: Meanwhile you’re not developing the alternative ways of exercising power in the world. It isn’t that the United States shouldn’t exercise power in the world. It’s that it only knows how to exercise one kind of power — the hard brutal power of military force.

We’ve totally neglected the soft power of diplomacy. The State Department should be at the center of American government expenditure and energy. It isn’t. It’s a stepchild to the Pentagon. And that’s why we’re confronted with a crisis abroad.

It’s an absolute nightmare that the fascist and nihilist regime in North Korea should get nuclear weapons and the ability to deliver them. But the United States of America has eviscerated its ability to respond to that through forceful and well-organized diplomacy. We don’t have the resources. We don’t have the influence. We don’t have the participation in international structures of negotiation to bring any kind of pressure on a terrible regime like North Korea, except the military, which plays into the regime in North Korea’s hands.

BuzzFlash: I want to explore a little further the economic model that worked so well for keeping the general American economic engine alive, which is based on consumption. The business of America, as Calvin Coolidge said, is business. But for a weapons manufacturer looking at the Iraq war, this is a blessing to their profits because it reduces inventory. It means they have to manufacture more. If there’s no war, the weapons systems sit somewhere unused.

James Carroll: Right.

BuzzFlash: But if you go to war and use up forty-five hundred of them, you have to replace forty-five hundred, and you get another contract worth a billion dollars for that forty-five hundred. The defense industry subcontractors could say, we’re going to have to go out of business because you’re not giving us anything to produce.

James Carroll: Right. It says it perfectly.

BuzzFlash: We lost an enemy with the Soviet Union. As you brought up, the Gulf War and Bush I followed on the heels of the Cold War, and the tearing down of the Berlin Wall in the late eighties. As you said, that brought back the military ethos. In order for the military to exist, we had to have new enemies. If we didn’t have new enemies, then the military would be downsized.

James Carroll: Right.

BuzzFlash: The Bush administration and Karl Rove are brilliant at always bringing in new enemies. It was bin Laden, then Saddam Hussein, then Zarqawi, then he was replaced. We constantly have new enemies. Next it’s North Korea and Iran and Syria. The enemies are popping up faster than a jack-in-the-box. I guess this is my question to you: Does the military-industrial complex — the house of war — need a war? As Woody Allen said, just because I’m paranoid it doesn’t mean that someone’s not trying to kill me.

James Carroll: Right.

BuzzFlash: It’s not that there aren’t people out there who wish to do harm to the United States. But the Bush administration seems to propose a military solution to any perceived threat, however slight — as we saw in Iraq. Are we creating enemies, in a way, so that the military-industrial complex can continue to thrive and grow?

James Carroll: It’s hard not to draw that conclusion, isn’t it? There’s obviously a human impulse to define oneself positively by defining someone else negatively. So it’s us against them. That’s very basic to the human condition. Especially when people find things to be afraid of, it’s easy to look for an enemy outside as a way of justifying the clinging to a defensive spirit inside.

Having said that, just because it’s of the human condition, doesn’t mean we’re at the mercy of it. It doesn’t mean we have to organize our nation around it. We can change. We have in the past.

And look at the greatest example of that change — it took place in the Soviet Union, which dismantled itself. Instead of blaming everything on the enemy outside, it actually confronted its own corruptions, and took itself apart. That great event of the 20th Century — the non-violent demise of the Soviet Union — is something that we Americans should look much more closely at as a source of hope. Our shallow insistence that we “won” the Cold War means that we don’t actually have to look at what happened on the other side.

After the leadership of Mikhail Gorbachev, especially, but not just him, and in response to pressures from below, the Velvet Revolution, the Soviet Union offered us a way to step back from the totalitarian impulse. And we should understand that we can do it, too. We can dismantle the structure of a military economy. We can transform our national identity. We can stop being a nation based on the preparation for war. It’s all possible. It happened in the 20th Century and it can happen in the 21st.

And, of course, if it doesn’t, the 21st Century is condemned. That’s what’s at stake here. If we don’t change the way we’re defining ourselves as a people, we’re going to lead the globe right over the edge into the disaster that has been the world’s nightmare since 1945.

BuzzFlash: James Carroll, thank you for your great service to the country. A wonderful book — House of War.

James Carroll: I appreciate your support. Thank you.

[Notre recommandation est que ce texte doit être lu avec la mention classique à l'esprit, — “Disclaimer: In accordance with 17 U.S.C. 107, this material is distributed without profit or payment to those who have expressed a prior interest in receiving this information for non-profit research and educational purposes only.”.]

Le monde au bord du précipice

Par le Comité éditorial du World Socialist Web Site, le 14 août 2017
http://www.wsws.org/fr/articles/2017/aou2017/pers-a14.shtml
Les menaces incendiaires et téméraires du président américain Donald Trump contre la Corée du Nord rapprochent le monde chaque jour et chaque heure d'une guerre nucléaire. Ce langage belliqueux, venant de l'homme qui contrôle les forces armées les plus puissantes de la planète, produit une vague d'horreur et de crainte qu'un guerre menée avec des armes nucléaires pourrait commencer à tout moment.
Ayant annoncé sur Twitter hier matin que l'option militaire est à présent « chargée et prête à tirer si la Corée du Nord agit imprudemment », Trump a poursuivi avec un message du commandement du Pacifique selon lequel les bombardiers B-1 sont prêts à mener une mission « Combattre Ce Soir » en Corée.
Quelques heures plus tard, il a critiqué la chancelière allemande Angela Merkel pour avoir décrié une « escalade verbale », en disant : « J'espère qu'ils comprennent la gravité de la situation de ce que j'ai dit, et que je dis ce que je veux dire. » Trump a encore une fois menacé le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un, en disant que s'il prononce encore une menace, « il le regrettera vraiment. »
Alors que le danger de guerre confronte l'humanité, il est naturel de croire ou au moins d'espérer que ceci n'est qu'une surenchère verbale, et que les gouvernements trouveront le moyen de se retirer du bord du gouffre. Il est nécessaire, toutefois, de regarder la réalité en face.
On compare à présent la situation à la Crise des missiles de Cuba en 1962, l'incident où le monde a été le plus près d'une guerre nucléaire. Mais on a pu résoudre cette confrontation intense et explosive parce que ni le dirigeant américain ni le dirigeant soviétique ne voulait provoquer un échange de tirs nucléaires.
Tel n'est pas le cas aujourd'hui. Au moins l'une des parties, Washington, est prête à détruire l'autre dans « le feu et de fureur telle que le monde n'en n'a jamais vu ». Que ce soit exprès ou pas, Trump pousse la Corée du Nord à lancer des actions militaires désespérées.
Trump ne dit absolument rien pour rassurer Kim que les Etats-Unis veulent négocier un accord de paix ou quoi que ce soit à part une capitulation totale et humiliante. Et quand un conflit semble de plus en plus inévitable, la logique des militaires prend le pas sur le reste. Si le régime extrêmement instable à Pyongyang croit qu'une attaque massive des Etats-Unis est imminente, il peut décider de lancer sa propre attaque préventive, plutôt que de subir la destruction totale de ses forces armées.
Par témérité, l'Administration Trump agit avec une indifférence totale pour ce qu'une guerre avec la Corée du Nord pourrait provoquer. A la différence de la guerre de Corée de 1950-53, qui a coûté la vie à des millions de personnes, il est peu probable qu'un nouveau conflit soit limité à la péninsule coréenne.
La menace d'une guerre nucléaire n'est pas seulement le produit du fou fascisant dans la Maison Blanche, mais des profondes tensions géopolitiques qu'engendre la crise économique du capitalisme américain et mondial. Trump a le soutien de sections puissantes des élites militaires et politiques à Washington qui insistent pour que les Etats-Unis confrontent et, au besoin, fassent la guerre à la Chine, qu'ils considèrent être le principal obstacle à l'hégémonie mondiale américaine.
Cette crise est le produit du climat politique préparé par un quart de siècle de guerres continuelles au Moyen Orient, en Afrique du Nord, et en Asie Centrale, pendant lesquelles Washington a tenté d'utiliser sa puissance militaire pour surmonter son déclin économique à long terme. Dans les milieux dirigeants américains, l'idée qu'il est possible de résoudre n'importe quel problem par le recours à la force est devenue un article de foi.
C'est l'administration Obama qui a préparé le terrain pour une guerre contre la Corée du Nord, en autorisant une escalade militaire à travers l'Indo-Pacifique pour mener son « pivot vers l'Asie » contre la Chine. Le Pentagone a stationné ses armes les plus avancées en Asie, ainsi que 60 pour cent des ses forces aériennes et navales, et obtenu de nouvelles bases militaires à travers la région.
Le Pentagone dispose de plus de 28.000 troupes de l'armée de l'air, de la marine, des fusilliers marins, et des Forces Spéciales en Corée du Sud, ainsi que ses forces au Japon et à Guam. En plus, en cas de guerre avec la Corée du Nord, les Etats-Unis prendraient le contrôle opérationnel des forces armées sud-coréennes, avec leurs 625.000 soldats et 3.100.000 réservistes.
Toute guerre sur la péninsule coréenne pose d'immenses dangers non seulement à la Chine, mais aussi à la Russie, qui a aussi une frontière avec la Corée du Nord. Pour apprécier l'irresponsabilité criminelle de l'administration Trump, il faut observer qu'elle se prépare à lancer une guerre dans une zone qui a été une poudrière dangereuse depuis plus d'un siècle.
Il serait dangereux de présumer que la Chine et la Russie ne feront rien si les Etats-Unis déclenchent un holocauste à leur frontière qui menace leur propre sécurité. Beijing et Moscou, qui viennent de voter de nouvelles sanctions contre la Corée du Nord à l'ONU, ne peuvent considérer les déclarations bellicistes de Trump comme étant autres qu'une trahison.
La Chine est intervenue lors de la première guerre de Corée quand les troupes américaines se sont rapprochées de sa frontière, et elle pourrait le faire à nouveau. Un éditorial du Global Times, qui reflète l'opinion des sections plus militaristes du régime chinois, a insisté que Beijing doit « réagir d'une main ferme » pour défendre ses intérêts. Tout en proposant de rester neutre si Pyongyang lance une attaque préventive, le Global Times écrivait : « Si les USA et la Corée du Sud lancent des frappes pour renverser le régime nord-coréen ... la Chine les en empêchera. »
On ne peut pas écarter d'avance la possibilité qu'une solution négociée vienne résoudre la crise sur la péninsule coréenne, du moins temporairement. Mais on a franchi le Rubicon. Les Etats-Unis ont démontré qu'ils ne reconnaissent plus les conceptions traditionnelles des limites imposées à l'usage de l'arme nucléaire et qu'ils accepteront de mener une guerre nucléaire, ici contre un ennemi appauvri et arriéré. A travers le monde, les rivaux et les alliés devront tous modifier leur planification stratégique et militaire en conséquence en fonction de leurs intérêts vitaux.
Le principal danger est le manque de compréhension politique et de préparation dans la classe ouvrière américaine, asiatique, et mondiale de la crise qui confronte maintenant l'humanité. Si les menaces monstrueuses qui émanent de Trump provoquent beaucoup d'inquiétude, de craintes, et d'hostilité, il manque aux travailleurs une stratégie et leur propre parti pour mettre fin au danger d'une guerre. Il s'agit de construire un mouvement anti-guerre international de la classe ouvrière, fondé sur des principes socialistes, et le Comité international de la Quatrième Internationale et ses sections en partis révolutionnaires de masse afin de le diriger.

Berlin: le conflit avec Pyongyang fait craindre une guerre nucléaire

© AP Photo/ Gero Breloer

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Sur fond de tensions accrues autour de la Corée du Nord, le ministre allemand des Affaires étrangères, Sigmar Gabriel, a déclaré que le conflit avec Pyongyang pourrait déclencher une guerre nucléaire.

Commentant la situation autour du programme nucléaire de Pyongyang, le chef de la diplomatie allemande, Sigmar Gabriel, a affirmé qu'une guerre nucléaire était tout à fait envisageable.

«Elle [la guerre nucléaire, ndlr] n'est pas exclue. Toutefois même une guerre avec l'utilisation d'armes ordinaires emporterait une quantité inimaginable de vies», a-t-il déclaré au journaliste du quotidien allemand Märkische Allgemeine Zeitung.

M.Gabriel a, par ailleurs, critiqué la position de la chancelière allemande Angela Merkel pour son soutien aux exigences du Président américain Donald Trump à l'encontre des pays membres de l'Otan concernant le renforcement des armes dissuasives.

Selon lui, les élections au Bundestag [assemblée parlementaire de la République fédérale d'Allemagne, ndlr] seront décisives par rapport à cette question.

«Les élections détermineront en fin de compte si l'Allemagne restera une puissance pacifique où poursuivra les projets aveugles sur les armements de Donald Trump», a-t-il conclu.

Kim Jong-un

À l'heure actuelle, Pyongyang crée et teste activement des armes nucléaires et balistiques, malgré les sanctions adoptées par le Conseil de sécurité de l'Onu et certains pays. La Corée du Nord déclare que ses missiles balistiques intercontinentaux sont capables de frapper n'importe quel point du globe. Pendant ce temps, la tension monte entre Washington et Pyongyang, qui ne cesse d'échanger des menaces.

Ainsi, précédemment, le Président américain Donald Trump a notamment indiqué que les États-Unis étaient prêts à tout un spectre de mesures: diplomatiques, économiques et militaires, afin de mettre un terme à la menace nucléaire émanant de la Corée du Nord. Il a également promis «le feu et la colère» à Pyongyang si celui-ci menaçait de nouveau les Etats-Unis.